Actualités et controverses

Sous le regard critique de Mathieu Lavallée

Des journalistes au salaire minimum?

Posted by Mathieu Lavallée sur 25 mai 2009

Bon, je reprends du service! Après quelques jours de fous, le beau temps me motive et m’encourage à bloguer. Ironique hein? Comptez-vous chanceux, je pourrais être cinglant et vous dire que je blogue de mon balcon. Mais je suis solidaire et je reste en dedans.

Tout à l’heure, j’étais plutôt fier de mon travail matinal sur les ondes de CIBL 101,5 FM. Ce que je ne savais pas, c’est que Laurent Maisonnave m’attendait dans le détour. C’est fou comme un truc partagé sur Facebook peut vous démoraliser, tout soudainement.

Faut dire que là, l’affirmation était vraiment de taille. Imaginez un peu : Robert G. Picard (blogue et page web) qui déclare que les journalistes ne méritent que le salaire minimum!

Mais après la démoralisation soudaine déclenchée par cette apparition sur mon écran, je ne pouvais en arriver qu’à une conclusion. Aussi extrême et provocatrice soit cette position, elle doit absolument déclencher des réflexions et des remises en questions.

À certains égards, Picard marque des points. Les journalistes n’ont plus un accès exclusif et privilégié aux sources, comme dans le temps. Quant à la spécialisation qu’il propose comme solution à la crise des médias d’information, elle ne résoudra pas tout, mais fait sûrement partie de l’équation.

Mais dire que les journalistes ne produisent plus de valeur ajoutée, c’est un peu exagéré. Relativisons les choses. Dans certains cas, il n’y a que peu de valeur ajoutée. Pour une nouvelle brute, qui rapporte uniquement les faits essentiels d’un événement, on est loin d’ajouter beaucoup de valeur à l’information.

Par contre, on rassemble les faits importants et on les présente sous une forme intelligible, logique. C’est un minimum qui a un peu de valeur ajoutée.

Autre chose : même s’il y a peu de valeur ajoutée à une nouvelle brute, purement factuelle, lorsqu’on crée un outil de communication quelconque (papier, site web, etc.) qui permet à un individu d’en apprendre un minimum sans avoir à faire le tour de multiples sources, c’est aussi de la valeur ajoutée. Un document unique qui résume les événements importants de la journée, ça n’a plus autant de valeur qu’avant, mais ça en a encore.

Mais le journalisme ne fait pas que ça. Il peut faire des analyses, des enquêtes, de la mise en contexte, il peut offrir certaines expertises pour les domaines plus spécialisés nécessitant une vulgarisation. Bref, un type de contenu que les journalistes savent encore produire.

À mon avis, c’est exactement le type de contenu que Picard aimerait voir lorsqu’il parle de standardisation du métier, du caractère interchangeable des journalistes qui devraient plutôt « avoir des dons, des qualités et un savoir unique » pour produire un contenu exclusif. C’est aussi pourquoi, à mon avis, qu’il parle de la spécialisation comme une solution pour les médias d’information.

Mais il y a un léger problème. C’est aussi le contenu qui coûte le plus cher à produire. Et vlan! On refrappe le mur du financement des médias et de l’information. Parce que ce contenu-là, les journalistes ne le feront pas au salaire minimum. D’ailleurs, Picard semble l’avoir compris. Reste à voir qui sera prêt à payer pour ce contenu, et comment.

« Mais on ne veut pas payer! Tout ça peut être disponible gratuitement sur Internet! » Ah oui? Supposons qu’un site Internet d’informations peut être viable financièrement avec seulement de la publicité. Les annonceurs, à qui pensez-vous qu’ils vont refiler la facture de leurs publicités?

Bon, le journalisme va finir par se réinventer et va survivre. Et des journalistes qui vont produire un contenu méritant plus que le salaire minimum, ça va toujours exister. Mais il faut commencer par se mettre un truc dans la tête. De l’information de qualité, avec une grande valeur ajoutée, ça ne pourra jamais être gratuit. Quelqu’un, quelque part, va la payer.

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2 Réponses vers “Des journalistes au salaire minimum?”

  1. Marie-E said

    Je suis tout à fait de ton avis. Dans nos cours de journalisme, les profs ont une vision assez sombre du journalisme. Vrai qu’il va falloir se réinventer.
    Lâche pas Mathieu, ce blogue est une petite perle dans ce grand océan qu’est le Web.
    Au plaisir de se voir si je finis -un jour- par faire le détour par Mourial,

    La villageoise

  2. Je crois qu’on confond souvent journalisme et journal. Le média se transforme, mais inévitablement éventuellement les gens devront payer pour leur information, car le modèle actuelle du tout-gratuit n’est possible que parce qu’il existe une large base d’abonnés aux versions en papier.

    Le journalisme survivra, mais le média se transformera. Les conditions de travail? Ça dépendra du talent de chaque journaliste, à mon avis.

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