Actualités et controverses

Sous le regard critique de Mathieu Lavallée

Obama et l’environnement : virage incomplet

Posted by Mathieu Lavallée sur 25 mars 2009

Je vais m’éloigner un peu des dix commandements du blogue aujourd’hui. Ce ne sera ni court, ni rempli d’hyperliens. Mais ce sera de la très bonne lecture, c’est garanti!

J’ai remis ce lundi un travail d’analyse de l’actualité par lequel je mets en évidence le talon d’Achille de la politique environnementale et énergétique du président Obama : le charbon propre (Clean Coal). Je vous l’offre sur Actualités et controverses ce matin. 1300 mots de pur bonheur journalistique!

Quant aux hyperliens, je les ai rassemblés à la fin, mais ce n’est pas limitatif. Avec Google, vous pourrez trouver beaucoup d’autres sources d’information.

Bonne Lecture

  • *******************

La politique environnementale et énergétique de Barack Obama

Virage incomplet

Mathieu Lavallée

Il s’en est fallu de peu pour que les environnementalistes aient fait de Barack Obama un messie. Après les huit années que George W. Bush a passé à la présidence des États-Unis, la plupart des écologistes considèrent le 43e président américain comme l’une des pires catastrophes environnementales des dernières années. Au Canada, David Suzuki fait partie du nombre.

M. Suzuki prédit un virage à 180 degrés par rapport à l’administration précédente. Et à en juger par l’impressionnante liste d’épicerie que constitue la politique d’Obama en la matière, le changement de cap sera draconien. Réduction tous azimuts des gaz à effet de serre (GES), bien sûr, mais aussi efficacité énergétique, électricité provenant de sources renouvelables, bourse du carbone, etc. C’est sans compter les nombreux emplois verts qu’il veut créer en investissant dans plusieurs technologies d’avenir.

Il reste cependant une ombre au tableau, qui empêchera Obama de faire un virage complet. Une tache dans ce plan vert porte bien mal son nom : le charbon propre. La présence de cet élément dans le programme environnemental et énergétique du président Obama nous force à faire un difficile retour à la réalité. Cette grande démocratie reste ingouvernable sans l’appui de certains états clés et de puissants lobbys.

Un écran de fumée

Au sud de la frontière, le charbon joue un rôle crucial sur une base quotidienne. Selon le Département américain de l’Énergie, la moitié de l’électricité américaine était produite dans des centrales au charbon en 2007. Pourtant, c’est l’une des sources d’électricité les plus polluantes qui soit, en plus d’émettre dans l’atmosphère des quantités incroyables de dioxyde de carbone, l’un des principaux responsables du réchauffement de la planète.

Le charbon propre est un ensemble de technologies dont l’objectif est de diminuer la quantité de polluants causés par la combustion de ce combustible fossile. Certaines sont déjà en application et permettent de rendre plus propre l’utilisation du charbon. D’autres ne pourront être commercialisées avant plusieurs années.

Le captage du dioxyde de carbone fait partie des techniques qui ne sont pas mise en application pour l’instant. Après avoir été capté à la source d’émission, le gaz serait stocké en masse sous la terre. Pour l’instant, le coût de commercialisation du captage de carbone est encore beaucoup trop élevé.

La partie de la politique environnementale d’Obama dédiée au charbon propre tourne autour de cette technologie. Le président américain veut mettre en place des incitatifs aux investissements privés dans ce secteur. Aussi, le Département de l’Énergie sera mandaté pour mettre au point en partenariat public-privé cinq centrales comportant un système de capture de dioxyde de carbone.

Mais on semble encore loin de la coupe aux lèvres. Malgré tous les efforts des dernières années, tant du gouvernement américain que des entreprises, l’opinion la plus répandue veut qu’on soit à des décennies de la viabilité commerciale d’une telle technologie.

À ce jour, une seule compagnie norvégienne stocke du dioxyde de carbone dans des caves rocheuses sous la mer du Nord. Aux États-Unis, avant l’élection d’Obama, le Département de l’Énergie planifiait d’implanter depuis sept ans une centrale pilote qui capterait ce gaz. Le projet a été fermé lorsque jugé trop dispendieux. Pour convertir les centrales américaines, les estimations de coûts les plus conservatrices se chiffrent en billions de dollars.

La mise en place de ces technologies pose elle-même de nombreux obstacles. Mais en regardant de plus près les usages du gaz ainsi capturé, il nous est permis de douter des effets positifs de cette partie de la politique environnementale d’Obama.

Le stockage du dioxyde de carbone sous terre soulève de graves questions de sécurité, vu les quantités énormes qui seraient injectées sous la surface terrestre. Selon Curt M. White, un ancien directeur du groupe de séquestration du carbone au Département de l’Énergie, il y aurait des risques de fuites ou de tremblements de terre. Assez de risques pour qu’une mer de drapeaux rouges se lève, considérant la quantité de gaz qui serait enfoui.

En plus des risques qui sont inhérents à cette méthode, le stockage de ce gaz pourrait contribuer à en émettre davantage. À l’heure actuelle, les compagnies pétrolières injectent dans leurs puits de pétrole du dioxyde de carbone afin d’en retirer le maximum d’or noir.

La technique du stockage de carbone sous la terre pourrait en fournir encore plus pour l’exploitation pétrolière. Elle peut aussi être injectée à l’intérieur d’anciennes mines de charbon pour en extraire du méthane, qui peut servir de carburant.

Dans sa politique environnementale et énergétique, le président Obama prévoit faire un tel usage du dioxyde de carbone, afin d’augmenter la production pétrolière des États-Unis. Bref, les GES que l’on veut stocker sous la terre serviront à extraire plus de pétrole ou d’autres combustibles qui, une fois consommés, dégageront à nouveau des GES dans l’atmosphère.

Plutôt que d’atteindre un objectif de réduction, nous tombons dans un cercle vicieux, en remplaçant les émissions captées par d’autres. Pour une politique environnementale, le résultat est plutôt inattendu.

Quand le charbon vote

Les conséquences possibles du charbon propre pourraient être néfastes pour l’environnement. Alors pourquoi retrouve-t-on cet élément dans le plan du président Obama? Les chances sont bonnes pour que les lobbys et des motifs électoraux soient derrière l’idée.

Aux États-Unis, le charbon ne représente pas uniquement 50 % de l’électricité qui y est produite. Le quart des réserves mondiales de charbon se trouvent au sud du Canada. Pour certains des états américains, c’est donc une industrie majeure, fondée sur une ressource beaucoup plus présente sur leur territoire que le pétrole et le gaz naturel.

Par exemple, la Pennsylvanie a produit plus de 65 millions de tonnes de charbon en 2007. Le Kentucky, plus de 115 millions. Ajoutez à ça les 153 millions de tonnes de la Virginie-Occidentale… et les 453 millions de tonnes du Wyoming, les États-Unis ont extrait plus d’un milliard de tonnes de leurs mines en 2007.

Parmi ces états débordants de charbon, il y a cependant des états « bascules » (swing states), dont l’importance est cruciale dans n’importe quelle élection présidentielle. Puisqu’aucun parti ne domine véritablement dans le vote populaire, les candidats y consacrent beaucoup d’efforts dans leurs campagnes.

Dans cette liste, on retrouve notamment la Pennsylvanie et la Virginie-Occidentale. Et c’est à partir d’ici que l’on peut saisir toute l’importance électorale du charbon. Qu’ils soient « bascules » ou pas, les dix principaux états producteurs de charbon représentent 118 voix au collège électoral américain, soit 44 % du total de 270 voix nécessaire à un candidat pour être élu président.

Au regard de ces chiffres, on comprend pourquoi John McCain appuyait également les technologies du charbon propre. On comprend aussi pourquoi le lobby du charbon a sauté dans la mêlée.

En pleine croisade électorale, une campagne publicitaire et de relations publiques de 40 millions de dollars a été lancée pour vendre le charbon propre. Derrière cette offensive se trouve l’American Coalition for Clean Coal Electricity (ACCCE), un groupe de la région de Washington financé par l’industrie du charbon et de l’électricité.

Des groupes comme l’ACCCE représentent un ennemi redoutable pour un président américain qui a soif de changement. Et selon M. Suzuki, il s’agit probablement du plus grand défi que devra surmonter Barack Obama.

Les groupes de pression ayant pour objectif d’influencer le président américain sont non seulement nombreux, mais parfois très puissants. Parmi ces industries très influentes, il y a bien sûr l’industrie automobile et pétrolière, mais il y a aussi le charbon. Et dans un contexte électoral où il est crucial de gagner les états vous procurant le plus grand nombre de voix au collège électoral, il est difficile d’ignorer une industrie importante pour 10 états représentant presque la moitié du travail à accomplir.

Malgré tout, il n’y a aucun doute que le contraste entre la politique de Bush en environnement et celle d’Obama sera radical. En fait, parler de contraste entre les visions de ces deux hommes en la matière constitue probablement un euphémisme.

Mais qu’on s’appelle Obama ou pas, pour gagner une campagne électorale, il faut savoir choisir ses batailles. Dans la croisade environnementale, Obama a dû céder devant le royaume du charbon.

Références

SIROIS, Alexandre, Obama : Comment reconstruire l’Amérique, Voix Parallèles, Montréal, 166 pages.

ELGIN, Ben, « The Dirty Truth About Clean Coal », BusinessWeek (version Internet), publié le 19 juin 2008.

ANDREWS, Wyatt, « Clean Coal – Pipe Dream Or Next Big Thing? » CBS News (version Internet), publié le 20 juin 2008.

BBC News, « Clean Coal Technology: How It Works », BBC News (version Internet), publié le 28 novembre 2005.

BERLIN SNELL Marylin, « Can Coal Be Clean? » Sierra Magazine (version Internet), publié en janvier/février 2007.

« Barack Obama and Joe Biden: New Energy For America », http://www.barackobama.com/page/content/newenergy (aucune date de publication disponible).

U.S. Dept. Of Energy – Energy Information Administration, « Electric Power Annual – Summary Statistics for the United States, 1996 through 2007 ».

U.S. Dept. Of Energy – Energy Information Administration, « Coal Production and Number of Mines by State and Mine Type, 2006-2007 ».

U.S. Dept. Of Energy – Energy Information Administration, « Coal Reserves Current and Back Issues », http://www.eia.doe.gov/cneaf/coal/reserves/reserves.html.

Une Réponse vers “Obama et l’environnement : virage incomplet”

  1. Escaravage said

    Mais que fait Al Gore qui avait déclaré: « Le charbon propre est une illusion, n’investissez pas là-dedans! »

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